Séminaire du CIRED : Clément Feger (Montpellier Recherche en Management, AgroParisTech)

Séminaire du CIRED : Clément Feger (Montpellier Recherche en Management, AgroParisTech)

Introduction au Cadre de Comptabilité Écosystème-Centrée

Une méthode comptable collective à l’appui des stratégies de préservation de la biodiversité

Clément Feger (Montpellier Recherche en Management, AgroParisTech)

Résumé

L’intervention a pour objectif de présenter un papier en cours de finalisation visant à formaliser le Cadre de Comptabilité Écosystème-Centrée. Fruit de plusieurs années de recherche, celui-ci se veut à la fois une proposition théorique et méthodologique, et dont la finalité est d’appuyer l’organisation de l’action pour la protection de la biodiversité dans une diversité de contextes.

L’utilisation du terme de « comptabilité » appliquée à la biodiversité et aux écosystèmes est souvent assimilée, du fait de leur nature calculatoire et parfois monétaire, aux méthodes d’évaluation économiques des services écosystémiques et de la biodiversité. Elle renvoie également fréquemment aux approches visant à l’évaluation des impacts des activités humaines et aux enjeux de redevabilité des organisations quant à ces impacts, ou encore aux approches de comptabilité des écosystèmes développées à l’échelle nationale. La notion de « comptabilité » prend toutefois ici un sens nouveau. L’approche comptable « écosystème-centrée » a en effet pour enjeu principal de fonder théoriquement, de concevoir et d’expérimenter un cadre de comptabilité analytique pour aider les acteurs publics et privés à s’organiser entre eux et à développer des stratégies de co-gestion d’un écosystème (une lagune, un massif forestier, l’habitat d’une espèce, etc.) afin d’atteindre des résultats en matière d’amélioration des bons états écologiques. Il s’agit, dans une situation donnée, de proposer une comptabilité collective permettant aux organisations interdépendantes d’un même écosystème de partager des connaissances et des informations afin d’évaluer et d’attribuer les responsabilités de chacun dans sa dégradation d’une part ; et de négocier des efforts d’engagements et de suivre les contributions de chacun à sa conservation/restauration, d’autre part. Se mettre en capacité d’évaluer la performance écologique de ces contributions s’avère d’autant plus nécessaire à l’heure où nombre d’entreprises, d’investisseurs et d’acteurs publics multiplient les déclarations quant à leurs intentions de contribuer à la biodiversité.

Le Cadre de Comptabilité Écosystème-Centrée propose pour ce faire de classer les informations écologiques et socio-économiques de telle sorte qu’en instruisant et en utilisant les différents comptes, les acteurs sont encouragés à discuter des questions cruciales liées à l’organisation de leurs responsabilités et de leurs engagements respectifs. Les différents « comptes » proposés renvoient ainsi à différentes dimensions clés de la gestion stratégique de l’écosystème (suivi des résultats écologiques, des pressions, des contributions apportées, des efforts consentis, des contreparties reçues, etc.). L’approche comptable écosystème-centrée reconnaît la grande diversité des contextes de gouvernance et de gestion des écosystèmes et ne promeut pas de solution toute faite. Définir comment les comptes peuvent être utilisés pour la négociation et la gestion à long terme entre les acteurs nécessite une analyse approfondie des réalités de la dynamique de l’action collective, des relations de pouvoir, des interactions stratégiques et des structures institutionnelles en jeu dans chaque écosystème donné. Dans chaque situation socio-écologique, les principaux comptes (résultats écologiques, pressions, contributions) gardent cependant la même nomenclature générale, ce qui permet le partage d’une grammaire pour guider l’action, analyser et comparer ces situations malgré leur hétérogénéité.

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