Soutenance de thèse: Louis Fagon

PhD defense: Louis Fagon

Le Rhône nucléaire des années 1950 aux années 1990

Louis Fagon, sous la direction de Geneviève Massard-Guilbaud

7 décembre

À 14h dans l’amphi et en distanciel

Résumé

Pourquoi y a-t-il autant de centrales nucléaires le long du Rhône ? En partant de cette question simple, et en m’appuyant sur les archives départementales le long du fleuve, je propose de relire l’histoire du programme nucléaire français en me concentrant sur l’histoire de l’aménagement du bassin du Rhône à l’échelle locale depuis les années 1950 jusqu’à la fin des années 1990. Le Rhône connaît en effet une transition énergétique majeure en cinq décennies, avec une forte présence de l’industrie nucléaire, comptant à la fin des années 1990 seize réacteurs de trois filières différentes, deux usines d’enrichissement, un site de production de plutonium et trois sites de recherche dans son bassin versant, sans compter les nombreuses usines annexes. En mobilisant les archives préfectorales de treize départements, je m’inscris dans trois renouvellements historiographiques récents. J’écris tout d’abord une histoire locale du programme nucléaire français, pour étudier comment l’aménagement nucléaire est pensé et débattu au niveau local en termes économiques et sociaux. Ensuite, je plaide pour une histoire environnementale et matérielle de l’énergie qui ne se limite pas à l’histoire des luttes antinucléaires : la pollution radioactive et la pollution thermique nucléaire ont une histoire. L’histoire des centrales nucléaires, de leur planification aux chantiers de construction, se matérialise également par des tuyaux, des rejets d’effluents liquides, des effets sur le sol, l’air, l’eau et l’écosystème. Enfin, cette histoire environnementale d’un bassin versant nucléaire repose sur des archives encore peu mobilisées comme celles de l’Agence de bassin ou celle du service de la Navigation. Elles permettent de mieux comprendre comment cet aménagement a été pensé et planifié à l’échelle locale et régionale. La thèse se divise en trois grandes parties chronologiques. Dans un premier temps (années 1950 et 1960), le nucléaire est tourné vers la production de la bombe atomique à Marcoule et Pierrelatte. Le CEA joue de l’exception nucléaire et du secret défense pour échapper aux systèmes classiques de régulation des activités industrielles, qu’il s’agisse de normes de rejet d’effluents ou de contrôle des travailleurs sur ses chantiers, au grand dam des autorités préfectorales. La deuxième partie (1964-fin des années 1970) voit l’essor d’EDF avec l’implantation de la centrale du Bugey, puis des nombreuses centrales des années 1970 et 1980 (Tricastin, Superphénix, Cruas-Meysse, Saint-Alban). L’électricien envisage dès les années 1960 la nucléarisation massive du fleuve et planifie un programme d’ampleur qui inquiète les administrations en charge des eaux du Rhône, mais aussi la Compagnie nationale du Rhône qui en est concessionnaire. En suivant les étapes de l’implantation d’une centrale, je montre comment cette transition est débattue, mais finalement imposée aux riverains mais aussi aux élus et aux administrations préfectorales malgré des réticences. Enfin, une fois les chantiers lancés et les décisions prises, j’étudie dans une troisième partie l’ensemble des demandes d’autorisation nécessaires à la mise en fonctionnement des centrales à partir des années 1970 jusqu’aux années 1990. A travers l’étude des demandes de prise et de rejet d’eau, mais aussi des registres d’enquête publique, je montre tous les débats qui agitent les autorités locales face à cet aménagement décidé au niveau national. L’exemple des Commissions locales d’information de l’Isère (années 1980-1990) illustre la lutte permanente concernant l’échelle pertinente de contrôle et de surveillance des activités nucléaires.

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